SOUFFRIR POUR ÊTRE BELLE ?
Photographies couleur numérique
Travail commencé en 2020
Making-of||Vidéos avec textes lus par des comédiennes ||Vidéos rendu de la résidence de Binic
Il faut souffrir pour être belle ». Derrière ce diktat universel et intemporel, la société a installé, chez nombre de femmes, l’idée que l’inconfort, voir la douleur corporelle, sont indissociables de la beauté. Dès l’habillement, les gestes de la vie quotidienne se trouvent entravés : les mouvements se heurtent à la rigidité des vêtements, à des formes qui contraignent et fragilisent la spontanéité du corps.
Ce projet interroge le rapport les femmes à ces injonctions, au travers du choix vestimentaire : pourquoi acceptons-nous de porter ce qui nous abîme ou nous limite ? Jusqu’à quel point intégrons-nous, parfois inconsciemment, ces sacrifices corporels au nom de critères imposés ?
Chaque portrait réalisé met en scène une femme dans une tenue qu’elle a elle-même choisie, à l’aune de ses propres interrogations et contradictions. Le décor sombre et l’éclairage muséal viennent faire écho au désir de reléguer ces contraintes à la mémoire d’une civilisation révolue ; les silhouettes, saisies sur fond noir, surgissent telles des vestiges à observer, à questionner.
L’abstraction du fond porte l’attention sur la silhouette, rendue à son statut singulier et presque ethnologique.
À chaque modèle j’ai demandé une réflexion sur sa relation à ses vêtements, dont l’expérience, retranscrite par écrit, accompagne les photographies. Cette confrontation entre l’image et le témoignage révèle ce paradoxe vertigineux : nous reconnaissons ces tenues comme banales et neutres, preuve d’une habitude collective, alors que les récits dévoilent la complexité, les tensions et les contradictions de ce rapport au vêtement.
Le travail de Noémie Renard sur l’objectivation sexuelle des femmes, en tant qu’outil du patriarcat, nourrit ainsi cette réflexion sur la beauté comme norme de soumission et de contrôle. Car, comme elle l’écrit : « La beauté comme garantie d’obéissance aux hommes. Un beau corps féminin se déplace avec difficulté. Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace. »
Il est frappant de constater qu’au premier regard, rien dans l’apparence des tenues ne laisse présager un quelconque problème. Cet effet est révélateur : il signifie à quel point ces silhouettes sont ancrées dans nos habitudes et notre perception collective du vêtement féminin.
Les témoignages des femmes font émerger les multiples ambiguïtés et contradictions de notre rapport à l’habillement, dévoilant des réalités bien moins évidentes que ce que l’on croit percevoir.
Ce projet photographique est un acte de questionnement : il exhume la violence intériorisée des habitudes, interrogeant ce que nous sommes prêtes à endurer pour correspondre au modèle de la « beauté » contemporaine.
DOCUMENTATION
NOÉMIE RENARD fait une étude sur l’objectivation sexuelle de la femme comme outil du patriarcat. Son travail m’a profondément interpellé et m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de ce projet. Merci à elle et à son travail.
Articles publiés sur le site internet : antisexisme
EXTRAITS«La beauté comme garantie d’obéissance aux hommes.» «Un beau corps féminin se déplace avec difficulté.» «Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace.»























