Djibouti 
Reportage sur des ateliers artistiques menés  auprès de femmes en précarité

En mai 2024 j’ai été invitée à venir mener des ateliers de cyanotypes par l’artiste Vanille Fiaux, fondatrice du collectif Du Chœur des Femmes, dans le cadre d’un projet d’art-thérapie soutenu par le programme Accès Culture de l’Institut Français et l’Agence Française de Développement à Djibouti.

Je suis intervenue dans l’association Solidarité Féminine où j’ai initié les bénévoles à la technique pour qu’elles puissent animer elles-mêmes des ateliers de cyanotype avec les femmes dont elles s’occupent.
Nous sommes également allées 1 semaine à Obock faire des ateliers à l’OIM avec les migrantes et le personnel encadrant.

En parallèle des ateliers de cyanotype, j’ai fait un travail de portrait. A ces femmes invisibilisées, j’ai voulu offrir la possibilités d’une geste d’affirmation de soi et de valorisation de leur existence en leur proposant de faire leur portrait. Les femmes photographiées, issues de milieux extrêmement précaires, se réapproprient ainsi une tradition du portrait autrefois réservé aux puissants. Avec ce travail j’ai voulu leur offrir une nouvelle lumière sur elles, une mise à l’honneur, empreinte de force et de dignité. Chaque participante a reçu son portrait en tirage cyanotype, symbole d’un processus de considération intérieure.

De son côté, Vanille poursuivait le sien qui consiste à recueillir les paroles des femmes, les faire chanter, jouer du théâtre, les enregistrer, les filmer.
Nous proposions ainsi deux champs d’expression artistiques différents et complémentaires.

Solidarité Féminine est une association qui s’occupe des femmes en grande précarité, celles qui sont atteintes du VIH et les prostituées, ainsi que de leurs enfants. Cet organisme leur donne accès à des soins, de la nourriture, des groupes de paroles ainsi que des activités.

l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), se trouve à Obock  (l’OIM fait partie du système des Nations Unies et est la première organisation intergouvernementale à promouvoir depuis 1951 une migration humaine et ordonnée qui profite à tous, composée de 175 Etats membres et présente dans 171 pays.) C’est un centre où les migrants-tes, majoritairement venus d’Ethiopie, sont recueillis avant leur passage au Yemen. Ils y trouvent  des soins, des psychologues, de la nourriture et du repos. Mais on leur explique que leur voyage s’arrête là, qu’il ne faut pas aller au Yemen où la situation est pire. Sur la même route, juste en face, une organisation qui recueille elle, les réfugiés du Yemen. 

Djibouti est un pays où il est interdit de faire des photos. Les seules photos que j’ai pu faire ont été prises dans les enceintes des organisations  et par la fenêtre de la voiture.

Je vous présente cette expérience forte sous plusieurs angles. 
La documentation du travail de Vanille Fiaux auprès des femmes. Les ateliers de cyanotypes.
Des paysages attrapés par la fenêtre de la voiture.tt
Sur la route, entre Djibouti et Obock.

Le lac Assal, lac de sel entre des roches volcaniques.
Par la fenêtre de la voiture j’attrape les habitations des bords de route, les montagnes sublimes. Le ciel est laiteux, un voile blanc enveloppe les paysages dans une chaleur de feu.Â

Il y a peu d’habitations, et celles que je voit sont pour beaucoup nomades. Il n’y a rien autour, si ce n’est un troupeau de chèvre, un chameau. Les lieux semblent quasiment désertiques mais il y a des apparitions de vie ça et là. Et je me demande justement de quoi vivent ces gens là? A quoi ressemblent leur journée?Â

Dans l’enceinte de l’OIM, Organisation International pour la migration.

Dans l’enceinte de l’OIM, Organisation International pour la migration.

Après un long trajet parfois compliqué mais souvent  magnifique, nous arrivons à l’OIM. L’accueil fût des plus chaleureux et nous organisons un labo pour l’atelier de cyanotype dans une salle d’habitude réservée aux dialogue avec les arrivants. Ils nous prêtent leurs bureaux et les gens de la cuisines nous partagent leur eau avec l’unique tuyau du camps.

Vanille Fiaux, installe son atelier dans une grande salle pour faire chanter et enregistrer les femmes volontaires à ses propositions artistiques. Elle y mène un beau travail exigent et joyeux au milieu du fourniment des activités de tous.Â

A la fin de la semaine, nous fêtons les rencontres avec une exposition des cyanotypes faits ensembles et des chants appris la semaine. Ce fût un moment chargé d’émotion.Â

A l’association Solidartié Féminine, à Djibouti ville. 
Les ateliers de cyanotype et les ateliers d’arts vivants de Vanille Fiaux.

 Avec Vanille, on organise un atelier à l’abri de la lumière du soleil dans la salle de lecture. Des palettes nous servent de claies de séchage. Dehors nous définissons la zone d’exposition aux uv, sur les petits bureaux des enfants. Nous devons jongler entre les coupures d’eau et d’électricité. Il fait une chaleur harassante. L’eau sort du robinet, salée à 40 degrés. Je me demande si la chimie du cyanotype va supporter, et fait extraordinaire: oui!

Vanille fais des répétitions de chant et de poésie avec les femmes volontaires.Â

Pour clôturer le travail réalisé durant ces 3 semaines, nous organisons une fête dans la cours de l’association : expositions des portraits, chants et poésie sous les feux des projecteurs sur une scène en palettes.